ADDENDUM À
« NAQD SOURCE ET ENJEU DE POUVOIR »
NAQD SOUS LE REGARD SÉLECTIF
D’UN MEMBRE FONDATEUR

J’ai pris connaissance tardivement d’un article du 5 mars 2016 de Khaled Satour sur son blog Contredit, intitulé « De l’instrumentalisation de la critique ou pourquoi NAQD n’en finit pas de mourir » : l’objet n’est en fait qu’une suite ininterrompue de propos rageurs. Des prétentions méthodologiques cachent mal des justificatifs vengeurs. L’auteur alterne accusations et invectives, en appelle à la morale et laisse libre cours à des imprécations sans commune mesure avec une contre critique très éloignée de la vérité.

Au-delà de NAQD, le procédé est étendu à d’autres sujets abordés sur mon site, en particulier celui paru lors du décès de Aït Ahmed. La lecture fondée sur les objectifs à atteindre permet toutes les falsifications, et les « conseils » administrés à profusion sur les méthodes d’approche ne rechignent pas à solliciter la raison d’État : ainsi, au sujet de l’article précité sur Aït Ahmed la critique devrait se faire « exclusivement entre pairs » et ne saurait être « recevable qu’entre frères d’armes. Sans quoi, on permettrait que le premier attentiste venu révoque en doute les convictions patriotiques d’un résistant ». Pour faire bonne mesure et  préalablement à toute tentative, la nécessité « d’avoir achevé de réviser l’histoire » est invoquée comme visa d’accès à un questionnement dérangeant. Cela signifie que tout doit se passer entre les « légitimes historiques » qu’on observerait, en conclave, se contester, se réévaluer ou, à l’occasion s’assassiner, en oubliant au passage que « la révision de l’histoire » n’a pas cessé d’être faite par ces « historiques » eux-mêmes, particulièrement depuis les années quatre-vingt-dix.

Enfin, la citation extraite de Révolution africaine, prise pour cible et prétexte, est exploitée sans nuance, passant sous silence, délibérément, son insertion dans une étude antérieure : pour tout lecteur attentif elle trouve place dans un article plus vaste signalé par le lien de renvoi permettant de replacer ladite citation dans les affrontements marquants de l’année 1963.

À l’indignation feinte s’ajoute l’omerta qui constitue l’autre béquille sur laquelle se construit l’invective. Les facettes de l’organisation/fonctionnement de NAQD et les pratiques rythmant les rapports internes font l’objet d’un travestissement outrancier à dessein :

« Au lieu de l’analyse argumentée et distanciée qui aurait convenu à un tel sujet, on y trouve une approche d’une trivialité surprenante, empruntant la forme de récits, d’anecdotes, de propos rapportés totalement invérifiables, et surtout d’incursions très intrusives dans la sphère privée qui livrent en pâture au lecteur les itinéraires personnels, le mode de vie, les proches parents, les projets intimes de pratiquement tous ceux dont l’auteur a croisé la route au cours des vingt dernières années ».
L’attentisme jumelé à la dimension velléitaire résume le ventre mou de prétentions submergées par la vindicte :

« …ayant observé que les personnes les plus agressivement prises à partie par l’auteur s’étaient abstenues de réagir, j’ai dans un premier temps moi-même préféré ne pas donner publiquement suite…Cependant, l’une des dernières productions de l’auteur, un article consacré au décès de Hocine Aït Ahmed, m’a fait changer d’avis car j’ai soudain compris que ces imprécations jetées dans toutes les directions n’allaient pas cesser et qu’il fallait peut-être mettre certaines choses au point » (c’est moi qui souligne).

L’étude consacrée à NAQD est réduite à une « suite d’agressions personnelles », poussant la caricature de la réflexion à son paroxysme. Aveuglé par la certitude qu’il a été « atteint personnellement dans sa vie privée », le « blogueur du contredit » généralise « l’agression » à l’ensemble des intellectuels cités en gommant soigneusement les passages qui en font des acteurs situés dans leur positionnement sur la base d’un objectif qui traverse les trois articles : les intellectuels et le pouvoir.

Afin de privilégier l’essentiel qui nous semble mériter une réponse, nous laisserons de côté les aspects fangeux où l’insulte sert de support directeur à des attaques haineuses. Cela m’a rappelé  les « deux lâcher de chiens » redevables à Abdelkader Benhenni et à Abderrahmane Mahmoudi auxquels j’ai été confronté : en 1988-1989 (à la suite d’un article publié dans Révolution africaine, « Au-delà du référendum du 2 novembre, Bilan d’une constitution) et en 2000 (après la publication de La presse algérienne au-dessus de tout soupçon) .

Nous nous limiterons aux parties intéressant la vie de la revue, selon les termes retenus dans « le contredit », pour examiner les trois points suivants :

*la hisba chez les intellectuels ;

*une lecture foncièrement malhonnête de l’échec de NAQD, mobilisant une technique d’officine, la falsification de textes ;

*Enfin, on s’interrogera sur l’identité d’un membre fondateur de NAQD qui se révèle avec deux fers au feu.

 HISBA ET  PESANTEURS ENDOGAMES CHEZ LES INTELLECTUELS : COMMENT UN DIRECTEUR DE REVUE SOUMET UN MEMBRE DE LA RÉDACTION À UNE POLICE DES MŒURS 

Le 18 février 2015, le message suivant tombe dans ma boîte électronique :

« Message à El Hadi Chalabi »
« Dans ton article sur Naqd en date du 9 février 2015, je lis ce passage :
« Quant à Khaled Satour, « je reconnais que je ne lui communiquais plus rien à partir du moment où il s’est mis en ménage avec madame B. qui s’implique dans des univers douteux ». En quoi la vie personnelle d’un membre quelconque de la revue peut-elle concerner le directeur et sur quelle base sinon celle qui s’apparente aux méthodes policières ? Pour rester fidèle à lui-même, Daho Djerbal publiera dans le numéro 12 de NAQD (1999) un article de madame B., nommée par arrêté du 1er juin 1998 chargée de recherche à l’INESG (Institut national d’études et de stratégie globale, think tank du régime) ».
Je n’accepte pas que tu fasses cette allusion publique à ma vie privée. Ce que tu reproches à Djerbal de t’avoir dit en aparté, tu te permets, toi, de le publier. Il y a là une intention malveillante, une espèce de toute-puissance que tu t’octroies de dévoiler ce que tu veux sur qui tu veux.
J’ajoute pour ta gouverne que tu es mal informé. S’agissant de la « chargée de recherches à l’INESG », tu fais une erreur sur la personne qui aggrave le préjudice que tu causes. Je n’en dirai pas plus.
Je te demande donc, même si le mal est en partie fait, de retirer ua (sic) plus vite de l’article le passage que j’ai cité.
Khaled Satour ».

Si la confusion due à une homonymie familiale entre les deux personnes méritait un correctif (ce qui fut fait sur mon site), le passage en question devait-il, pour autant, être supprimé? Accéder à la demande aurait signifié deux choses :

* en premier lieu, on tomberait dans la simple anecdote sans consistance  réduisant l’acte arbitraire à une simple futilité ;

* en second lieu, si on admet comme les intéressés en conviennent implicitement pour l’un, explicitement pour l’autre, que le procédé revêt une gravité telle qu’il porte atteinte non seulement à la vie privée mais plus largement et par extension, à tous les droits et libertés de la personne dans l’accomplissement de choix élémentaires, le silence s’apparente à l’omerta qui fait fonctionner tous les acteurs en cause dans la complicité. Y compris l’auteur qui a relaté les faits, au cas où il se serait abstenu d’en instruire les lecteurs.

Dès lors, quand une revue de « critique sociale » par la voix de son directeur soumet un membre de la rédaction à des rétorsions sur la base de ses amitiés intimes, il nous semble que cela ne relève plus de la sphère privée. Non seulement nous sommes interpellés au titre de membre de la rédaction mais aussi au-delà, comme acteur de la vie sociale. Le contrôle sur la vie des membres de la rédaction relèverait donc d’un pouvoir sans bornes. Comment y mettre un terme autrement qu’en alertant et en traitant publiquement de la question dans toutes ses implications?

Nous sommes face à des formes de reviviscence de la hisba ou police des mœurs enracinée dans le droit islamique, mais qui, historiquement, trouve acclimatation dans toutes les sociétés. Si la hisba se définit comme un  contrôle très vaste ayant pour objet différents domaines (les marchés et les prix pratiqués, la préservation des mosquées, l’ordre et l’hygiène publiques), elle embrasse également l’infiçal (interdiction de la mixité hommes/ femmes sur les lieux publics) ainsi que la licéité des rapports. Actualisée par voie coutumière, cette institution dont s’emparent différents médiateurs et « autorités » sociales et politiques se pratique souvent selon un naturel qui laisse pantois.

L’exercice d’un tel pouvoir de contrôle dans les espaces intellectuels et politiques est couronné par la tentation endogame qui est son prolongement logique. Concrètement, hisba et endogamie répondent à l’impératif de protection du domaine investi par tel parti, organisation ou groupe d’intellectuels, les trois pouvant se recouper. Dès lors que l’on appartient à telle mouvance, la « vigilance protectrice » doit veiller à ce que les idées défendues, l’espace occupé, ne soient pas mis en danger de dilution/pollution par association/rencontre de l’un des membres du groupe avec quelqu’un d’extérieur, « l’étranger », synonyme de « menace » pour l’ordre interne. Cet aspect qui prend la forme de rejet est doublé de son contraire : favoriser les rencontres de correspondance calculée, de même type, de même sensibilité, se reconnaissant dans des objectifs, des choix communs, et se résumant dans l’idée de renforcement du groupe. On veille de la sorte à organiser par le maniement de procédés pas toujours subtils la rencontre et la formation de couples en vue d’élargir les assises d’ un parti, d’un syndicat, d’une association etc… Cela rappelle tout simplement les règles protectrices de la propriété du clan veillant à ce que les unions se fassent entre « cousins » : de la sorte, il n’y aura pas de risque d’évasion ni de la propriété ni du propriétaire potentiels.

Quand le directeur de NAQD déclare : « je reconnais que je ne lui [Satour]communiquais plus rien à partir du moment où il s’est mis en ménage avec madame B. qui s’implique dans des univers douteux », nous sommes bien dans le cas de figure décrit ci-dessus. Agiter la protection de la vie privée avec des trémolos d’indignation en réclamant le secret c’est se cantonner dans la reproduction de pratiques voisines à tonalité conspiratrice qui n’épargnerait aucun membre de la rédaction. C’est, également, apporter son soutien à un procédé de contrôle social incompatible avec les objectifs de la revue.  Sans tomber dans le dogme des références, il nous semble utile de rappeler ce passage, parmi d’autres, que NAQD se donnait comme horizon :

« Dans tous les cas, on continue de semer la confusion dans les esprits en s’arrêtant devant ce qui a constitué les grands bouleversements dans le monde et l’acquis de l’humanité toute entière : la modernité articulée à la sécularisation des esprits et des institutions, au principe de l’altérité et aux valeurs de liberté, de laïcité et de démocratie. Comment alors mettre fin à ces confusions dans les esprits et construire, en revanche, une place à la rationalité dans la connaissance des faits sociaux, politiques et religieux ? » (Pour que naisse une pensée audacieuse, NAQD, n°1, p.5).

Leitmotiv du « blogueur », visant à discréditer l’adversaire, il reste à évaluer si l’affirmation est « vérifiable ». Le faisceau d’indices précis et concordants suffirait, avec un peu de bonne foi, laquelle ne figure pas au nombre des qualités du susdit, à établir l’exactitude des faits. Voici ce qu’écrit ce dernier, sous le titre « quel côté de la barrière ? » en reprenant un de mes passages« en 1995, Khaled Satour est tenu à l’écart d’une réunion importante alors qu’il résidait à Grenoble. Le seul en position de communiquer ses coordonnées était Daho Djerbal qui savait, ainsi que Mohammed Harbi, qu’il s’y trouvait depuis 1994″. Le contradicteur ajoute : « Plus loin, évoquant une réunion tenue en mars 1998 à Alger, il affirme avoir interpellé Djerbal sur « l’excommunication frappant Khaled Satour », à quoi l’intéressé aurait répondu par des considérations d’ordre privé dont paraît s’indigner Chalabi qui lui « reproche des méthodes policières ».

Après la relation de mes développements, le « blogueur » commente : « Disons tout net que ces assertions, invérifiables, sont globalement fallacieuses… je n’étais volontairement plus partie prenante de la revue depuis 1994. Bien que nominalement membre de la rédaction jusqu’à ma démission en 1998, je n’y participais plus. S’il est vrai que les animateurs de la revue se sont montrés entre-temps peu soucieux de m’associer à la vie de la rédaction, il n’est pas moins vrai que je me suis moi-même délibérément abstenu de toute implication. J’avais mes raisons, liées à l’évolution de la revue, que je n’exposerai pas ici. Pour résumer la chose par une image, NAQD et moi avons en définitive divorcé par consentement mutuel. Soutenir que j’ai été « excommunié » ou encore « mis à l’index » (autre sort auquel me voue l’auteur) relève de la dramatisation polémique » (les deux passages soulignés le sont par moi).

Lorsque j’ai réussi à prendre contact avec l’auteur de ces « vérités » de circonstance, nous étions en 1995 : je ne connaissais absolument rien de lui hormis son appartenance à NAQD. Il martelait deux choses : son rapport à l’Algérie : « l’Algérie m’écœure, je n’ai même plus envie d’en entendre parler ni d’y retourner » ainsi que les motifs de son départ d’Alger : « je me sentais menacé en plein amphi au cours de mes travaux dirigés ». Au mois d’août de la même année, je lui envoyais un « Appel au rassemblement des intellectuels algériens pour le retour à la paix civile » qu’il signe et fera signer autour de lui (je renvoie à ce document en annexe). 

Depuis l’été 1995 la réserve mutuelle affichée au départ laissait place à la cordialité, tirant de plus en plus vers une amitié ponctuée de positions communes, d’échanges d’idées et de projets éditoriaux jusqu’en 2006-2007.

De 1995 à 2002 et la suppression/extinction du comité de rédaction (voir partie II de Vie et mort d’un projet) NAQD n’a jamais cessé de faire partie de nos discussions et mon collègue et ami d’alors commentait régulièrement et non sans virulence, les propos publiés dans la presse par le directeur de la revue ainsi que tout ce qui paraissait sur celle-ci. Nous abordions plus d’une fois la nécessité de réagir en publiant une analyse/bilan de NAQD. D’où, ce qu’écrit « le blogueur » du « contredit » est absolument faux : il n’a jamais cessé de s’intéresser à ce qui se tramait autour de la revue, au point de saisir l’occasion d’une lecture des actes du colloque sur Saïd Chikhi pour interpeller Daho Djerbal sur la divulgation des échanges entre ce dernier et le directeur fondateur. En effet, un mail adressé « à Daho Djerbal » en date du 9 avril 2002 permet de mesurer l’état de relations réputées inexistantes :

« J’ai un peu relu ces derniers temps le livre que vous avez publié en hommage à Saïd Chikhi. Il y a beaucoup à dire de cette initiative, fort louable à son principe mais aussi à redire de son contenu. Pour être bref, je n’aborderai que deux points :

- le premier concerne le procédé qui consiste à constamment valoriser ton propre rôle dans NAQD, en dénigrant à l’occasion les autres. Tu l’avais déjà fait dans ton éditorial du n°10, tu remets ça dans le livre. Par exemple, était-il nécessaire de publier des passages de la correspondance personnelle de Chikhi tels que celui-ci : « c’est vraiment inadmissible que les collègues ne t’aident pas. A croire qu’ils se suffisent avec les noms portés sur la revue ». Veux-tu laisser entendre (en instrumentalisant à titre posthume la parole de Chikhi) qu’il y avait des opportunistes qui utilisaient leur appartenance à NAQD à des fins personnelles ? Si c’est le cas, il serait juste d’actualiser le débat et de se demander à qui profite aujourd’hui la promotion de NAQD dans les colonnes de la presse « indépendante » d’Alger et dans les célébrations diplomatiques… signé Khaled Satour ». Ce dernier développe un « second point [qui]concerne l’engagement de Saïd Chikhi dans un « Forum démocratique algérien » en 1989… »  qui risque de nous éloigner de l’imbroglio autour de la revue.

Cet assaut soudain est étroitement lié à l’interview du directeur de NAQD dans El Watan (du 8 avril 2002) et à ma réaction (courrier au journal le 10 avec copie à Mohammed Harbi et échange de courrier avec Daho Djerbal, se reporter à la troisième partie de Vie et mort d’un projet…).

Miné par l’attentisme et l’irrésolution, le contradicteur réagit quatre ans après sa « démission ». En effet, durant quatre ans,  il n’a pas cessé de ruminer les conditions de son « vrai » départ. Ce dernier est dû à l’enchaînement des événements relatés dans la deuxième partie de Vie et mort d’un projet… : c’est-à-dire, la lettre de la rédaction, ma réponse et ses suites. La démission de Satour en est une : ce fut la conclusion tirée du dossier du n°10 de NAQD et des motifs avancés par son directeur pour justifier « la mise à l’écart » que j’ai décrite. Dans sa lettre où il demande à ce que son « nom ne figure plus parmi les membres de la rédaction de NAQD », il esquive « l’intrusion » à sa vie privée et cèdera ses parts à Mohammed Harbi. En tout cela, il colle fort bien à ce que j’ai déjà écrit et qui mérite un rappel :

« …la vente des parts et le retrait du comité de rédaction se font dans la confidentialité et dans l’entente complice sur des procédés qui, pour les uns et les autres, ne méritent ni débats ni commentaires… ».

La création du site et l’ouverture sur L’instance sont une réaction directe en prolongement de la situation sans issue imposée par la direction de NAQD. Cela permettait de s’exprimer sans avoir à supporter le passage par la presse. Le contradicteur accepte alors de m’accompagner dans ce nouvel espace, et l’inauguration se fera en commun avec le numéro consacré au référendum de 2005 sur la concorde civile. Une année plus tard un appel à contribution sur Droit et violence  qui n’a trouvé aucun écho chez les juristes toutes spécialités confondues, nous réunissait pour la dernière fois. S’estimant « dénigré » à la suite d’une remarque anodine, il ira se domicilier dans le Contredit.

Depuis 1998 et surtout depuis 2002, il restait hanté par NAQD, tiraillé entre la nécessité de publier un état des lieux et ses réflexes protecteurs à demeurer dans l’ombre, attendant que le terrain lui soit rendu accessible. Toujours en embuscade, cherchant à tirer profit du déblayage sur un sujet sans jamais courir le risque d’une confrontation, il est prêt à donner des coups à la condition de ne pas en prendre. Pour toutes ces raisons, j’avais décidé de m’éloigner puis de couper tout contact.

UNE TECHNIQUE D’OFFICINE : LA FALSIFICATION DE TEXTES

Sous le titre « Une ambition éditoriale irréaliste », le blogueur fait mine de consentir à s’intéresser à NAQD pour révéler la maîtrise du projet tout en se donnant le rôle de « correcteur » d’idées fausses ou exagérées :

*Premier exemple : l’auteur du « contredit » écrit : « …je dirai que Chalabi exagère l’importance de la revue, en sublime le projet initial, donnant à penser que le sort de la recherche et de la réflexion en sciences sociales appliquées à l’Algérie en avait un jour dépendu. Et il le fait sans doute à dessein car il entend sublimer par là même l’apport critique particulièrement bavard qu’il prétend proposer ».

Or, il n’a jamais été question de lier NAQD « au sort de la recherche… » mais de coller, loin de l’académisme, à la critique sociale qui n’épargnera pas le monde intellectuel, y compris dans sa dépendance et sa soumission au monde extérieur. Malhonnêtement, le contradicteur se présente comme le correcteur en prétendant alerter sur le défaut de traitement de ce point pour nous capital et qui traverse toute l’étude de la première à la dernière partie. Au contraire, il a procédé à un pillage de mon texte. Qu’on en juge :

« …La fidélité manifestée à l’égard des objectifs de pouvoir épouse les contours de catégories sociales qui, unifiées à l’indépendance, se différencient ensuite selon l’appartenance affichée au FLN et celles qui relèvent d’appareils spécialisés de l’État ou d’oppositions plus ou moins complaisantes en attente de reconnaissance… La dépendance à l’égard de l’État se double d’une autre, vis-à-vis du champ intellectuel français. Un tel rapport est déterminant dans la structuration entre arabisants et francisants couronnée par l’impératif de modernisation. Les besoins de l’État en la matière passent par le véhicule culturel français. Les intellectuels sont programmés pour resservir des recettes frappées du sceau de l’expertise et de la technicité auxquelles ils ont été abreuvés. Ils transposent sous les signes d’une modernisation anesthésiante tous les matériaux conceptuels qui, bouillonnants ailleurs, sont dévitalisés à l’intérieur des circuits intellectuels où le mimétisme scientifique se conjugue avec l’embrigadement étatique. Les implants, non dénués d’attraits séducteurs, sans supports historiques endogènes aptes à irriguer la société, fournissent aux détenteurs de pouvoir les rudiments d’appartenance à un monde appelé constamment à statuer sur leur aliénation. D’où le rapport à cette dernière détermine le contenu et le sens de l’arabisation. En effet, servant de locomotive, la dépendance culturelle des intellectuels francisants s’impose à la sphère dite arabisante qui suit le mouvement par une simple transposition. Grâce aux effets dérisoires d’un jeu de traduction, la prétendue arabisation n’est en réalité que la réplique exacte du modèle dominant. Au service de l’État et des sources de pouvoir, l’intellectuel et ses deux versions à dépendance culturelle unique participe au projet étatique d’élaboration d’une « lumpen-arabisation », celle du peuple confiné dans les périmètres périphériques. Associée à la déchéance économique et sociale, elle bloque tout accès à la sédition intellectuelle par la modernisation. Enfermée dans une lecture religieuse des rapports sociaux, cette société construite par l’État et ses intellectuels sera aussi stigmatisée, accusée, poursuivie et condamnée par eux » (tiré de la première partie, 25/11/2014). Pour le recours aux productions et producteurs extérieurs l’introduction cerne déjà la question.

Quand le contradicteur écrit : « On ne décrète pas une pensée audacieuse alors même qu’on est positionné dans un champ déstructuré et dépendant, miné par les clivages linguistiques et identitaires et privé de tout fonds propre qui lui permettrait d’être autre chose que le relais des thèses et controverses suscitées à l’étranger… », il ne fait que plagier ce qu’il se met en devoir d’oublier d’avoir lu.

*Deuxième exemple : « le blogueur » entend apporter des éclaircissements sur les premiers pas de la revue quand il aborde les circonstances dans lesquelles la revue a été lancée :

« …il n’entre pas dans mon propos d’en détailler l’historique. NAQD est née dans ce court intervalle de temps qu’on a pu rétrospectivement regarder comme une « récréation démocratique » accordée par le régime aux élites algériennes entre 1988 et 1991. Les universitaires qui avaient initié le projet, sous l’impulsion de Saïd Chikhi, avaient ainsi brièvement expérimenté le débat public dans les comités qui s’étaient créés dans les universités de la région Centre, après les événements d’octobre. Il régnait alors l’illusion que les espaces démocratiques allaient s’élargir et la pensée fleurir comme par enchantement ».

Dans son intégralité, ce passage est puisé dans les matériaux que je donne dans un 1°) intitulé « configuration du champ intellectuel algérien » faisant partie d’un titre éloquent, « NAQD et la prise en charge d’une distinction : intellectuels de service et intellectuels outsider » . On retiendra cet extrait parmi d’autres : « … si on relève des différences d’approche dans le monde intellectuel dominé surtout par les universitaires, les références à l’engagement, constamment mises en avant, conduisent à des positionnements face à l’État mais s’insèrent dans sa vision réformatrice. L’État autoritaire soumet les appels d’offre et fait le tri selon les bénéfices qu’il s’est fixé de réaliser. Ce leurre ne pouvait fonctionner qu’avec l’appui des intellectuels. Installé dans la double certitude que 1988 est un soulèvement populaire, ses suites ne pouvant reposer que sur des acquis démocratiques, les intellectuels fournissent les solutions en termes de disponibilité instituée en laboratoires. Passant de la soumission à la léthargie et de celle-là à la contestation en faveur d’un ordre nouveau dont ils ne détiennent ni les sources ni les aboutissements, les intellectuels multiplient les serments pour la mise en place du respect des libertés par la participation active à des institutions promises à la rénovation. De la sorte, l’intellectuel se définit comme porteur d’engagement à l’intérieur des choix politiques et des orientations définies par l’autorité étatique/administrative. Au point de joindre sa voix repentante à celle des autorités supérieures… ». On se reportera également au « 2°)Naissance et balbutiement de la dissidence critique. La réflexion entreprise par Saïd Chikhi avec quelques collègues sur la naissance de NAQD s’inscrit au sein de l’environnement provoqué par octobre 1988 et de l’interprétation qui fut donnée aux événements. En les fixant comme une demande de démocratie, le monde universitaire s’est engagé dans une course aux formulations servant cette dernière. Dans cette lancée se sont inscrits les animateurs du Comité de Coordination Inter-universitaire de la région centre, CCIU, regroupant Alger, Blida, Boumerdes et Tizi-Ouzou » ( c.f. première partie de Vie et mort d’un projet...). 

Cela suffit à confondre « le blogueur » et son « contredit » en posant la question dans le bon sens : À qui doit être attribuée « l’instrumentalisation de la critique » ?

 *Troisième exemple : la référence à « l’interruption du processus électoral de décembre 1991″ : « … le pays basculait dans la terreur et la répression. A partir de 1993, les assassinats ciblés de journalistes, d’universitaires et de cadres de tous les secteurs et disciplines allaient réduire les intellectuels au silence sinon à l’exil. Beaucoup plus que le décès de Saïd Chikhi à l’été 1993 ou que la dispersion de ses membres, c’est cette conjoncture qui a très vite aseptisé la production de NAQD, réduite à traiter de sujets en total déphasage avec la réalité vécue…Il est vrai que les membres de la rédaction étaient loin d’avoir la même analyse de ces événements et qu’il était partant illusoire de supposer qu’ils puissent faire de la publication une arme de déconstruction du discours dominant dont ils n’étaient pas tous également disposés à se démarquer. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que la position à prendre par la revue sur la terrible actualité des années 90 n’a pas donné lieu au sein de la rédaction à des controverses mémorables ».
Ici encore, rappelons que ce sujet traverse les trois parties de Vie et mort d’un projet…Sans rentrer dans trop de détails, et sans oublier de noter que la troisième partie est l’objet direct du rapport de NAQD aux violences de toutes sortes infligées aux Algériens depuis 1991 (c.f. NAQD face à la guerre civile et ses suites). Nous retiendrons cependant le premier titre de cette troisième partie,« Lecture d’une guerre et silences complices » au sein duquel le blogueur a puisé sa construction : « La fin de l’année 1991 et les débuts de 1992 sont marqués par un bouillonnement politique et social mettant face à face les tenants du bouleversement propre à redessiner les contours du pouvoir et les stratagèmes avancés par ce dernier. La victoire annoncée dès le premier tour du Front islamique du salut (FIS) à des élections législatives précédées et suivies de violences multiformes laissait en même temps peser le poids de l’intervention des escadrons militaires. Les menaces répercutées à différents échelons sont mises à exécution à la veille du second tour des élections. L’armée y met un terme en combinant la démission de Chadli avec la dissolution de l’assemblée nationale… C’est dans ce contexte que paraît le premier numéro de NAQD…une fois le coup de force réalisé suivi de l’encerclement répressif, la revue qui vient au monde au nom d’une pensée audacieuse ne saurait dissocier celle-ci du refus de l’arbitraire et des moyens d’y faire face. En réalité, les échanges, s’il y en a eu, se sont limités à des conciliabules parallèles sans inspiration collective. Face aux brutalités militaro-politiques entraînant le pays vers la guerre civile, la revue a été absente. Ce qui apparaît ici ou là ne sont que des réactions individuelles rarement publiques, souvent masquées et contradictoires. En effet, à titre individuel, les membres de la rédaction se comptent, à l’instar du monde intellectuel, en partisans de l’armée, en indécis camouflés et en amateurs d’ « ordre »… » (sur le site, le 11/10/2015).

Non content de falsifier mes articles, leur contenu et leur sens, « le blogueur » falsifie également le texte fondateur de la revue et détourne son objet en gommant toute référence à la clairvoyance. En effet, il souligne l’ambition démesurée à faire naître « une pensée audacieuse alors même qu’on est positionné dans un champ culturel déstructuré et dépendant miné par les clivages linguistiques et identitaires… ». Ce qui signifie que dès le départ, la revue ne tient aucun compte des enjeux et de leurs dimensions. Ce qui est mensonger, au regard de l’avant-propos au numéro 1, « Pour que naisse une pensée audacieuse » qui résume les défis et propose une orientation pour les relever :

« Qu’il soit défini par son aire culturelle diversifiée dans ses composantes ethniques, linguistiques et religieuses ou les conditions historiques qui ont façonné son espace maghrébin ou oriental, le monde arabe est confronté à une grave crise. Il est en proie à de sérieux problèmes d’ordre économique, social, politique, culturel et éthique. La croissance est en panne, son idéologie l’objet de doute et l’évolution des structures économiques échoue, ici et là, à reconstituer des ensembles productifs et cohérents. Quant aux mutations sociales, elles connaissent des enfantements mouvementés et tourmentés. Les inégalités sociales se creusent et le choc des intérêts est plus brutal, le champ de la marginalité s’élargit et l’insécurité augmente dans les villes, les tensions accumulées provoquent des explosions et la crise a accéléré la décomposition des structures sociales sans parvenir à reconstituer les conditions nouvelles d’intégration nationale…Quant à l’intelligentsia qui est censée produire et élargir le champ critique de la connaissance, elle a failli à sa tâche… Une pensée audacieuse… doit s’émanciper des proclamations de foi idéologiques et de l’emprise du slogan, se libérer des transpositions conceptuelles mécaniques et de la reproduction imitative… ».

Pour finir, dans un coup de canif enrobé de subtilité, le rôle de Saïd Chikhi est revu à la baisse dans le passage « Beaucoup plus que le décès de Saïd Chikhi… » : or, en 1993, NAQD a perdu sa cheville ouvrière, animateur lucide et entreprenant. Sa présence aurait difficilement cohabité avec la technique de l’esquive qui a envahi la rédaction face au coup de force militaire et aux atrocités perpétrées tout au long des années quatre-vingt-dix. Le rôle des acteurs peut se révéler déterminant et c’est pour cela qu’il est inacceptable de noyer, comme le fait le contradicteur, la responsabilité et les actes de chacun dans une responsabilité collective :

« Et si l’on peut concevoir que la rédaction soit tenue solidairement responsable d’un tel renoncement, il ne serait pas juste d’en attribuer la responsabilité à des personnes en particulier ».

Cela rappelle le « nous sommes tous responsables » lancé par Abdelkader Djaghloul à cette table ronde de novembre 1988 (voir première partie de Vie et mort d’un  projet…) sur les événements d’alors. Le blogueur semble sérieusement imprégné de la terminologie usitée chez les caciques du FLN de l’époque. Après la démocratie récréative  (voir plus haut sa « récréation démocratique ») point de convergence avec « la récréation est fini » de Mohamed Ali-Amar, nous devons subir la responsabilité dans l’indistinction des actes de chacun. Cette ligne de conduite s’accorde fort bien avec son souci du camouflage. Assurément, Khaled Satour n’est pas Saïd Chikhi, qui replace bien le rôle de la revue dans l’optique de critique sociale du monde intellectuel. Nous renvoyons au passage tiré de l’article « L’exclu, l’intellectuel et l’État », NAQDn°2, p.88 cité dans notre première partie (NAQD, source et enjeu de pouvoir) et dont voici un extrait significatif :

« …il y a toute une anthologie à écrire sur les reniements, les renoncements et les reconversions de ces élites [intellectuelles] pour lesquelles il était plus alléchant de « penser bien » que de « penser juste », de jouer aux « pèlerins politiques » que de montrer, par leur dissidence, qu’il y a une autre manière de penser et d’agir… » .

DEUX FERS AU FEU : UN MEMBRE FONDATEUR À ÉCLIPSES

Il faut revenir sur ce que ce dernier appelle de façon péremptoire « une ambition éditoriale irréaliste » en écrivant : « la revue était vouée d’emblée à échouer dans l’ambition qu’elle s’était donnée dans son numéro 1 de promouvoir « une pensée audacieuse » . Il s’agit ici du texte-préface à ce numéro et qui sert de « profession de foi », d’engagement pour les objectifs de NAQD. Nous avons souligné plus haut le détournement de sens, d’objectifs, auquel le blogueur s’est livré en falsifiant le contenu. Ici, nous devons relever l’élégance et le détachement avec lesquels un membre de la rédaction, se prévalant du titre de fondateur, révèle comment il adhère à un projet alors qu’il est convaincu de son échec dès le départ. Présent à Alger, comme membre fondateur« preneur de parts » au sein de la SARL NAQD, il a eu sous les yeux le texte d’ouverture sur l’engagement du numéro 1. On peut donc raisonnablement penser que c’est en connaissance de cause qu’il a apposé sa signature au bas du document certifiant un accord attestant de façon manifeste son appartenance au comité de rédaction. Vingt-six ans après, il nous apprend que tout cela n’était en définitive qu’un cérémonial pour des lendemains sans avenir.

Quelles raisons trouver à un tel montage, à une telle tromperie ? Comment qualifier une adhésion dont on est convaincu par avance qu’elle est liée à la « vocation d’échec » ? À quelles conditions particulières est liée la volonté d’appartenir à un groupe condamné d’emblée à échouer ? Rien n’est dit sur les circonstances dans lesquelles des débats ont eu lieu ou non sur le contenu du texte faisant « profession de foi » sous le titre Pour une pensée audacieuse, qu’il réfute aujourd’hui. On devine le degré de gravité, vu la légèreté même avec laquelle l’engagement semble avoir été souscrit par un membre fondateur qui, en même temps, laisse planer l’incertitude et le doute sur ses motivations. 

Dès lors, pourquoi s’est-il retrouvé avec cette qualité qu’il revendique ? Qu’est-ce-qui a bien pu le pousser à figurer parmi les membres d’un projet pour lequel il n’avait peut-être pas que de la méfiance ? Serait-ce l’appât du gain, espérant quelque fruit par un placement financier ? L’hypothèse ne peut être retenue pour la simple raison que NAQD n’avait pas à l’origine, beaucoup de possibilités objectives propres à enrichir ses associés. L’adhésion s’explique-t-elle par simple suivisme, celui qui consiste à se maintenir au sein d’une équipe de proches collègues ? Était-il porté par le souci de la reconnaissance et de la consécration au milieu d’un monde universitaire où les rivalités déterminent non sans acrimonie, l’emplacement et l’appartenance de chacun ? L’attitude du membre fondateur conduit certes à poser toutes ces questions sans pouvoir y apporter de réponse, car seul peut le faire celui qui est au centre de ce qui nous est offert comme cas d’étude.

En s’abstenant de le faire, il prolonge l’énigme en soutenant qu’il s’est très vite désengagé :

« je n’étais volontairement plus partie prenante de la revue depuis 1994…je me suis moi-même abstenu de toute implication. J’avais mes raisons, liées à l’évolution de la revue, que je n’exposerai pas ici. Pour résumer la chose par une image, NAQD et moi avons en définitive divorcé par consentement mutuel… ».

L’invocation des « raisons personnelles » et « le divorce par consentement mutuel » ne sont que des formules-échappatoires. Les deux renvoient à une privatisation plongeant dans le secret protecteur des comportements ambigus. L’engagement public sur des questions publiques (éditoriales) est ramené, par commodité protectrice face aux confrontations, à des affaires d’ordre matrimonial. Qui peut accepter ce genre d’esquive ?  Ajoutons que ce divorce « amiable » qui en définitive ne l’était pas, a mis du temps à se déclarer. Il importe de savoir pourquoi. Si ce n’est l’indécision, le calcul et cette tendance banale dans le milieu universitaire à rester à l’affût, guetter le moment propice, l’instant opportun. Ce qui est la traduction de calculs multiples, difficilement avouables.

Il reste à mesurer la progression, dans le temps, de convictions fuyantes :

1) la participation et prise d’intérêts à un projet « voué à l’échec » ;

2) le repli « pour des raisons personnelles » ;

3) « le divorce par consentement mutuel » ;

4) « la démission en 1998″.

Où se situe exactement le « divorce par consentement mutuel » ? Comment le singulariser par rapport au repli et à la démission ? Face à qui un tel « divorce » a-t-il été réputé effectif ? Auprès de quel interlocuteur ? Nous n’avons trace que de la démission, effective celle-là, de 1998, d’une réaction en 2002 (mail à Daho Djerbal) et de l’engagement de 1990-1991 pour la création et le lancement de NAQD.

En revanche, dans les intervalles, ce membre fondateur au reniement concomitant à l’engagement dont il fait état incidemment, le plonge dans des zones d’ombre à répétition à force de se murer derrière une sacralisation ubuesque de la vie privée. Durant plus de vingt ans ( si on tient compte de ses aveux tardifs à résonance révisionniste), il a vécu ce phénomène schizophrène qui lui permet de se ranger à la fois au-dedans et au-dehors de la revue.

Avec deux fers au feu, cela permettait de tirer parti, alternativement et selon les opportunités, des deux modes d’appartenance et de retrait. Cependant, il veillera à ne jamais se compromettre, évitant soigneusement de signer la moindre opinion dans NAQD.

Présent aux deux journées d’étude (le 13 février 1992 sur « La crise constitutionnelle ? » et le 4 juin 1992, « L’état de nécessité et la pratique algérienne ») concoctées par les juristes de la Faculté de Droit d’Alger et « l’Association algérienne de droit constitutionnel » en soutien à peine voilé au coup d’État du 11 janvier 1992, il laissera pointer (dans des « bavardages ») quelques remarques amères  en s’abstenant de livrer témoignage et commentaire.

Le mutisme invoqué dans la grandiloquence de la vie privée n’est, en réalité, qu’un cache-misère : derrière le refus de la confrontation et le louvoiement apparus au grand jour, on s’interrogera toujours sur le but poursuivi par ce membre fondateur.

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L’exploitation facile à coups d’injures de la « soirée au palais » ( voir deuxième partie de Vie et mort d’un projet…) offerte au blogueur du contredit n’est en réalité que la traduction de ses reniements, jusque là camouflés derrière l’alibi confortable de la vie privée. Les sanglots versés sur les atteintes à celle-ci, prétexte aux injures et aux calomnies, ne sont que la rançon de velléités accumulées.

Ce pourfendeur du « bavardage » et de « l’intrusion » a longtemps cru se construire des zones d’ombre protectrices, propices à tous les renversements. Des initiatives au-dessus de sa volonté, hors des arrangements coutumiers, l’ont brusquement tiré de son refuge. Si le masque tombe en se craquelant, nous sommes loin d’avoir tout appris sur les motivations ayant poussé un membre fondateur aux mœurs intellectuelles singulières à intégrer un projet destiné, selon lui, à péricliter. Dans quelle mesure n’a-t-il pas, dès ses débuts, contribuer à une telle issue ?