SUR UN POINT D’HISTOIRE :
MOHAMMED HARBI
ET L’EXÉCUTION DE
MOHAMED CHAÂBANI

Dans un article documenté compte tenu des centres d’observation dont il a  bénéficié (ancien secrétaire général de l’état-major de l’ANP de 1963 à 1967), Mahdi Cherif donne sa version sur les événements de 1964 au cours desquels Mohamed Chaâbani est entré en dissidence, accusé de rébellion, capturé, jugé et exécuté le 3 septembre (Le Soir d’Algérie, 21 février 2012).

Beaucoup de témoignages ont été apportés sur cet épisode marquant de la complexité d’un régime installé à partir de solidarités plus ou moins durables et sur les compétitions sanglantes au sein d’une génération où chefs politiques et militaires se disputaient l’égale capacité à la direction des postes stratégiques ainsi qu’à la magistrature suprême. La jeunesse des protagonistes ajoutait un peu plus de hargne dans l’affirmation de soi, les enfermant résolument dans la « raideur ».

Dans ce contexte, les solidarités prenaient un aspect tactique, souvent éphémère. Elles se déliaient constamment sur des bases d’intérêts personnels masqués par des prétentions à la noblesse plus que douteuse des engagements et professions de foi vite démentis. La succession des affrontements en témoigne. La rapidité des reclassements également.

Dès lors, derrière les slogans révolutionnaires,« l’affaire Chaâbani » doit être ramenée à ce contexte de violences et de manipulations de tous ordres.

Intitulant un de ses paragraphes « Mohammed Harbi le bien-pensant », Mahdi Cherif, une fois relatées les conditions dans lesquelles Mohammed Chaâbani a été jugé et condamné, en vient au rejet du recours en grâce demandé par plusieurs figures de la guerre de libération nationale : Tahar Zbiri, chef d’état-major en titre de l’ANP, les commandants Chadli Bendjedid et Saïd Abid, notamment. Les trois ont pourtant une lourde responsabilité dans le déroulement des événements et particulièrement dans l’engrenage ayant conduit à l’exécution de l’un des leurs. Les trois responsables cités ici ont mis en place, actionné et ouvert la trappe. Les deux derniers cités ont jugé Chaâbani, comme assesseurs à la Cour martiale. Quant à Zbiri, il a accompagné tout le processus. Derrière la discipline des armées, tous se sont rangés à l’ordre du moment.

Ici, nous nous limiterons à ce passage développé sous la plume de Mahdi Cherif :

« … Ben Bella ne demande qu’à une seule personne son avis sur l’opportunité politique de faire exécuter la sentence, à Mohammed Harbi. Le révolutionnaire véhément, devenu l’icône de la bien-pensance outre Méditerranée, conseillera, « dans l’intérêt de la Révolution » le rejet de la grâce. Harbi, le lendemain de la mort de Chaâbani, dira son sentiment dans un éditorial incendiaire de Révolution Africaine… » .

Mohammed Harbi répond par l’entremise d’El Watan du 4 juin 2012 en ramenant les faits incriminés à d’autres contextes et rivalités, comme le fait son « accusateur », et en soutenant laconiquement sous forme de justification :

« …Chaâbani considérait le Sahara comme sa chasse gardée. Il s’est dressé contre Boumediène pour maintenir son contrôle sur son fief régional et devenir un partenaire dans le partage du gâteau national. Contre le colonel Boumediène, il n’avait aucune chance. L’impunité dont il a bénéficié tout au long de sa carrière lui a fait perdre le sens de la mesure et des rapports de force. Sommé de quitter le commandement de la région saharienne, il refuse d’obéir et oblige l’administration à ne plus reconnaître l’administration centrale. Il ouvrait malgré lui un champ d’action à toutes les forces extérieures hostiles à l’État algérien.

C’est la raison pour laquelle le journal que je dirigeais, Révolution africaine, a appelé le gouvernement à réagir. La dissidence de Chaâbani s’est produite le 4 juillet et a pris fin le 11 du même mois. Entre ces deux dates , Révolution africaine a publié trois articles ; deux éditoriaux sous ma signature, le troisième intitulé « Les féodalités bureaucratiques » exprimait le point de vue de la direction du FLN ; y était relaté le fond de l’affaire Chaâbani. Celui-ci a été jugé sans garantie de justice par un tribunal militaire les 2 et 3 septembre et la sentence exécutée dès le procès terminé. À cette date, je n’étais plus le directeur de Révolution africaine ; Amar Ouzegane m’y avait remplacé dès le 29 août. Je ne pouvais, donc écrire, comme l’affirme Chérif Mehdi, un article incendiaire le lendemain de son exécution ! Pourquoi fausse-t-il la chronologie des faits sinon pour valider un mensonge et suggérer que j’étais l’inspirateur de l’exécution de la sentence évacuant la responsabilité des militaires ? « 

Il ne fait aucun doute, Mahdi Cherif est dans l’erreur quand il attribue à Mohammed Harbi la paternité d’un article au lendemain de l’exécution de Mohamed Chaâbani. Mohammed Harbi signe son dernier éditorial, « Les quatre conditions », comme directeur de Révolution africaine, dans le numéro 83 du 29 août 1964. Il y développe « la nécessité de l’épuration du Parti et de l’État des éléments contre-révolutionnaires, la réforme agraire, l’autogestion et la planification ».

Par contre, on ne sait pas dans quelle mesure Mohammed Harbi a été consulté comme conseiller politique par Ben Bella pour peser dans tel ou tel sens sur la grâce du condamné. Ben Bella n’est plus et Mohammed Harbi nie.

La condamnation à la peine capitale de Chaâbani et son exécution sont l’effet d’un climat et d’un contexte politique. Nous avons opté pour la restitution de ces derniers par le recours à une chronologie à reculons.

EDITORIAL

 À LA POINTE DE LA LUTTE

Le numéro 84 de « Révolution africaine » paraît sous la responsabilité d’un nouveau directeur : le frère Amar Ouzegane, membre du Comité central du Parti et ministre d’État…

Le 31 août, dans la salle de rédaction de notre journal, en présence de Hocine Zahouane, membre du Bureau politique et président de la commission d’Orientation du Parti, et de toute l’équipe de « Révolution africaine », Mohamed  Harbi a passé ses fonctions à Amar Ouzegane…

R. A.

 [P] 4                                    5 septembre 1964 – Révolution africaine – n° 84

 

 

* Première colonne, en « UNE » et en encadré, le quotidien Le Peuple  du 4 septembre 1964 titre,

« CHAÂBANI EXÉCUTÉ Arif Djillali travaux forcés à perpétuité »

« Alger.  La Défense nationale a publié un communiqué officiel annonçant la condamnation de l’ex-colonel  Chaâbani par la cour martiale et son exécution ce matin à 5 heures.

Voici le texte du communiqué de la Défense nationale :

« La cour martiale a siégé le 2 septembre 1964 à Oran pour connaître du crime de rebellion, atteinte à la Sûreté de l’État et opposition par la force aux décisions du commandement dont s’était rendu coupable l’ex-colonel Chaâbani.

La cour martiale a prononcé le jugement suivant :

- Chaâbani Mohamed  : peine de mort.

- Arif Djillali : travaux forcés à perpétuité.

Conformément à l’article 5 régissant la cour martiale, l’ex-colonel Chaâbani a été passé par les armes le 2 septembre 1964, à 5 heures du matin ».

* Accolé à cet encadré, sur deux colonnes, la même édition annonce : « Réuni hier à 10 heures – Le Comité Central a désigné les candidats du FLN aux élections législatives ». Cette liste est publiée par le numéro 85 daté du 12 septembre 1964 (en pages 6-7) de Révolution africaine. Mohammed Harbi y figure comme candidat dans le département de Constantine en position ultime. Il est confirmé parmi les élus à l’Assemblée nationale après le scrutin du 20 septembre.

* Le 3 août 1964 trois arrêtés signés par le Vice-président du Conseil, ministre de la Défense, Houari Boumediène, sont publiés au J.O. n° 63, du 4 août 1964, p. 850 :

- fixant le siège de la Cour martiale à Oran.

- portant désignation d’un commissaire du Gouvernement, procureur près la Cour martiale, Ahmed Draïa.

- portant désignation des juges assesseurs à la Cour martiale : colonel Ahmed Bencherif, les commandants Abderrahmane Bensalem, Chadly [sic] Bendjedid, Saïd Abid.

* Un arrêté du ministre de la Justice, Mohamed El-Hadi Hadj Smaïn portant désignation du président de la Cour martiale, Mahmoud Zertal, conseiller à la Cour d’appel.

* Le J.O. n° 61, du 28 juillet 1964, p. 834 publie le texte de l’ordonnance 64-211 du 28 juillet 1964, signée Ben Bella, « portant création d’une Cour martiale » :

- article 1er : Il est créé une Cour martiale chargée de juger, jusqu’à la fin des mesures exceptionnelles prévues par l’article 59 susvisé [de la Constitution], les militaires auteurs, les militaires et civils coauteurs ou complices des crimes et délits contre la sûreté de l’État, contre la discipline des armées ainsi que les infractions connexes …

- article 2 : La Cour martiale est composée comme suit : un président choisi parmi les magistrats d’une Cour d’appel nommé par arrêté du ministre de la Justice, garde des sceaux ; quatre juges assesseurs, officiers de l’Armée nationale populaire nommés par arrêté du vice-président du Conseil, ministre de la défense nationale ; un commissaire du gouvernement, officier de l’Armée nationale populaire nommé par arrêté du vice-président du Conseil, ministre de la défense nationale occupant le siège du ministère public…

- article 3 : Le Commissaire du Gouvernement, saisi par le ministre de la défense de l’ordre d’informer, procède immédiatement à tous actes d’instruction et s’il existe des charges suffisantes à l’égard de l’accusé, le renvoie devant la Cour martiale par décision comportant la qualification des faits retenus et les indications des textes applicables.Cette décision saisit de plein droit la Cour. Les actes et décisions du Commissaire du Gouvernement ne sont susceptibles d’aucun recours. 

- article 4 : La Cour martiale règle sa procédure . Elle statue dans les deux jours de sa saisine. Les débats ne sont pas publics.

- article 5 : l’arrêt de la Cour martiale n’est susceptible d’aucun recours. Il est immédiatement exécutoire ».

* Dans le numéro 76 du 11 juillet 1964, Mohammed Harbi signe l’« ÉDITORIAL » intitulé « L’AUDACE EST PAYANTE » . En voici la teneur intégrale :

« Le Président Ben Bella, après la réunion extraordinaire du Bureau politique, a porté à la connaissance des militants et du peuple algériens le coup sérieux subi par la contre-révolution, en déclarant : » Les traitres Chaâbani, Saci Hocine, viennent d’être arrêtés à la suite d’une action menée par les forces de l’ANP  à laquelle le BP rend un vibrant hommage ».

La fin prévisible de l’odyssée des aventuriers appelle un certain nombre d’enseignements.

La presse étrangère, parlant des « légions » du « nouveau seigneur du désert », évaluait leurs effectifs à six, voire dix mille fusils. La petite bourgeoisie prompte à adhérer aux « vérités » d’au-delà de la Méditerranée, surenchérissait, sur la place d’Alger, avec un doux frisson de terreur. Comment, dès lors, expliquer la rapidité avec laquelle s’est écroulée l’entreprise criminelle ?  En réalité, ce qui est mis en relief c’est L’ABSENCE TOTALE DE BASES POPULAIRES DES AVENTURIERS FÉODAUX. L’isolement dans lequel ils se sont trouvés nous montre que les féodalités ne doivent pas être surestimées. Leur force est à la mesure des hésitations qu’elles rencontrent. L’AUDACE RÉVOLUTIONNAIRE EST PAYANTE ; et, parce qu’elle est payante, elle doit se poursuivre sans répit ni pause. Le grand succès d’hier doit être exploité. Le pouvoir révolutionnaire ne doit pas laisser s’émousser sa rigueur. Ainsi seront créées les conditions nécessaires à l’application TOTALE ET INTÉGRALE du programme du Congrès, et sera radicalisée la situation.

Cependant il serait grave de réduire le problème de la contre-révolution et des féodalités qui minent l’unité nationale à l’épisode Chaâbani. Par delà la triste personne des aventuriers vaincus, il faut chercher les racines du mal pour les extirper. Tous les dessous du complot, toutes les ramifications doivent être mis en lumière. Aucune complicité ne doit échapper et le peuple a le droit de savoir parce que c’est lui qui était visé par ces entreprises et qu’il exige le châtiment.

La victoire sur les ennemis de l’Algérie socialiste est liée au développement de l’action des masses. Celles-ci ont manifesté avec éclat leur confiance dans le Parti.

C’est l’esprit de Parti qui a animé nos soldats dans leur tâche. C’est l’esprit de Parti qui a animé les militants du Sud et qui a laissé misérablement seule, la bande à Chaâbani. C’est l’esprit de Parti qui liquidera tous les contre-révolutionnaires affirmés ou encore camouflés ».

* Le Peuple du 9 juillet titre, sur quatre colonnes : « LA RÉVOLUTION EST LA PLUS FORTE ! LE TRAITRE CHAÂBANI ARRÊTÉ »  « Ainsi que ses principaux acolytes et lieutenants » et en sous-titre : « UNE DÉMONSTRATION ÉCLATANTE : LA RAPIDITÉ AVEC LAQUELLE A ÉTÉ JUGULÉE LA FÉODALITÉ ».
En page 3 : « Bou-Saâda : la petite histoire de la rébellion de Chaâbani ». Sur une colonne, encadrée : « Chaâbani- Saci Hocine (ex-commandant Salim) et 7 membres qui composaient son état-major pris sans combat à 25 km à l’ouest de Bou-Saâda ».

* Le 4 juillet 1964, le numéro 75 de Révolution africaine publie l’ « EDITORIAL », « LA VOIE DU SALUT »  signé Mohamed Harbi :

« Pour toute révolution, le problème essentiel est de briser la volonté de l’ennemi, de le contraindre par le recours à des moyens matériels à accepter le nouvel ordre social.

Sans cela, aucune révolution ne peut se maintenir. C’est en ce sens qu’on peut dire que la violence appartient à l’essence même de la révolution. S’il advenait qu’on veuille l’éviter, l’ennemi l’impose. Telle est la leçon à tirer de l’expérience de notre pays, hier et aujourd’hui.

Cette leçon, il faut la tirer non seulement en réclamant au peuple la vigilance, mais aussi et surtout en le mobilisant et en lui donnant des armes pour se battre aux côtés de l’armée et des forces de sécurité. Contre les forces liées au néocolonialisme, la conquête du pouvoir a pu se faire au prix de légères pertes. Compromises par le cours et l’issue de la guerre de libération, leur paternalisme à l’égard des masses, elles ne purent opposer qu’une faible résistance à la révolution.

Mais depuis les Décrets de Mars, elles ont utilisé nombre de moyens pour dévier le cours de la lutte et sonner le rassemblement des forces hostiles au socialisme. Leurs échecs successifs et leur absence de répondant au sein des masses, d’une part, l’effort de clarification idéologique et politique entrepris lors du récent congrès du Parti, d’autre part, les a poussées dans leurs derniers retranchements.

Elles se démasquent et apparaissent au grand jour. L’équipée de Chaâbani voulant jouer les proconsuls romains, la dernière déclaration de Khider, la campagne d’intoxication et de rumeurs développée par des éléments contre-révolutionnaires, tout concourt à prouver l’existence d’une conjuration derrière laquelle se profilent les intérêts de l’impérialisme, de la bourgeoisie et de la réaction.

La révolution est dévoreuse d’illusions car elle pose carrément toutes les questions politiques. Pour la continuer, affermir le pouvoir des masses laborieuses et entreprendre des réformes socialistes nécessaires, il faut briser par la violence toutes les tentatives de la contre-révolution et de ses alliés déguisés ou ouverts. Là est la voie du salut pour notre pays comme pour notre peuple.

Que le 5 juillet, fête de l’indépendance, soit placé sous le signe de la chasse à la contre-révolution ».

* Sous la signature d’EL HARROUCHI (son pseudonyme) Mohammed Harbi publie un article intitulé « CHAÂBANI – LES FÉODALITÉS BUREAUCRATIQUES » (pages 5-6 du même numéro de Révolution africaine). On y lit en fin d’article : « … La tâche qui s’impose est de hâter les regroupements, de dissiper les confusions et de donner aux masses les moyens qui leur sont indispensables.

On peut se demander, à ce sujet, si le byzantinisme des débats sur la peine de mort est de mise.

La peine de mort est contestable comme réponse au problème pénal traditionnel. La société doit, devant la délinquance classique, affronter sa propre responsabilité car c’est elle la première coupable. Mais la question n’est pas là. Dans une période de révolution les problèmes politiques se posent en termes politiques. Il ne s’agit pas d’une société installée dans une légalité tranquille et qui résoud un problème normal. Il s’agit d’une société qui naît et qui a à défendre son droit à la vie. La « question de vie et de mort » ne se pose pas seulement pour le délinquant condamné mais aussi pour la société qui, en ne le condamnant pas, se condamne. Il est toujours terrible de poser les problèmes sous la forme d’une alternative unique. Mais la chose est ainsi : ou la révolution se défend par le moyen de la terreur révolutionnaire ou la révolution hésite et démissionne.

Nous ne sommes pas dans un débat juridique : qui renonce à la violence renonce à la révolution ». 

Cet assaut contre le juridisme est éclairé par l’article « OUI À LA CONSTITUTION » publié par Mohammed Harbi dans Révolution africaine numéro 30 du 24 août 1963, p.24 :

« Engagé depuis plus d’un mois, le débat sur la Constitution a été schématisé à l’extrême par des adversaires en majorité soucieux de sauvegarder leurs avantages présents ou de reconquérir des positions perdues.

Dissocié du contexte algérien, il a pris la forme de discussions abstraites. À l’analyse de la situation réelle du pays, s’est substituée la recherche de la formule. Avant toute chose, le problème de la Constitution est un problème politique. Il s’agit de donner au pouvoir une base stable et des moyens à même de lui permettre de mener à bien sa tâche : c’est-à-dire concrétiser l’option socialiste telle qu’elle ressort du programme de Tripoli et des décrets de l’autogestion ouvrière et paysanne.

[...] Pour substituer à la démocratie classique, actuellement en vigueur dans les pays oppresseurs, une démocratie fondée sur le pouvoir des producteurs, il faut une concentration du pouvoir révolutionnaire. C’est à cette nécessité que répond le projet de Constitution.

L’Algérie n’est pas encore un pays totalement indépendant. Une lutte sourde est en cours entre les couches sociales et les forces politiques, y compris les monopoles étrangers, au sujet des voies de développement économique et des moyens de surmonter les difficultés rencontrées. Dans les conditions sociales et culturelles de notre pays, le régime d’Assemblée tel qu’il ressort des écrits de M. Ferhat Abbas exprime la tendance de la bourgeoisie à s’assurer par le biais des jeux stériles du parlementarisme un droit de regard privilégié sur les affaires du pays… »

 

* Le Peuple du 3 juillet 1964, en « UNE », titre : « LE PEUPLE ET LA RÉVOLUTION SE DÉFENDENT CONTRE LA CRIMINALITÉ – L’Assemblée nationale adopte à l’unanimité le mode d’exécution de la peine de mort : La fusillade »

Et, dans deux « encadrés » : « DES MILLIERS DE LETTRES D’ALGÉRIENS AVAIENT RÉCLAMÉ CETTE LOI »  -  « NOTRE PHILOSOPHIE MUSULMANE NOUS IMPOSE L’EXERCICE DE CE DEVOIR ».

Enfin cet encart : « 5 juillet – GRAND MEETING POPULAIRE ESPLANADE DE L’AFRIQUE – Tous comme un seul homme dressés contre la féodalité et la réaction ennemie de la Révolution socialiste ».

 

* En « manchette » sur quatre colonnes, Le Peuple du 2 juillet 1964 annonce : « LA VOIE DE L’AVENTURE EST BARRÉE » et poursuit, sur trois colonnes : « Les manœuvres antinationales de Mohamed Chaâbani déjouées ».

« LE TEXTE DE L’APPEL DU CHEF DE L’ÉTAT »  [allocution radiotélévisée de Ben Bella la veille, 1er juillet]. Y est accolé le contenu de la « Conférence de presse de Hocine Zahouane au Bureau Politique » : « La révolution marche. Ceux qui ne marchent pas avec elle sont irrémédiablement dépassés. L’ex-colonel Chaâbani déclaré hors-la-loi ».

* 1er juillet 1964 – « Importante décision du Bureau Politique »  [du 30 juin]  « … pour débattre des problèmes de la contre-révolution et des mesures à prendre pour y faire face. Dans ce contexte, il s’est particulièrement penché sur le cas de Mohamed Chaâbani dont les activités ces derniers jours ont pris une tournure fractionnelle et anti-nationale notamment par son refus d’exécuter les décisions du Bureau politique et du Comité central et par son activité subversive dans la région du Sud. En conséquence, après délibération,

Considérant son caractère fractionnel et anti-national,

Soucieux de préserver la discipline au sein du Parti et répondant aux décisions du Congrès et du Comité central, le Bureau politique décide d’exclure de son sein Mohamed Chaâbani.

Il a pris toutes les mesures nécessaires pour faire face à la situation et briser définitivement les menées de la contre-révolution… ».